• Q: Pouvez vous vous présenter en quelques mots ?

  • EB: J'ai 54 ans, je suis un ancien pilote de l'Armée de l'Air. Je dessine depuis toujours et depuis un an j'ai décidé de me consacrer totalement à la peinture.

  • Q: Quel est votre cursus artistique?

  • EB: Je suis ce que l'on appelle un autodidacte bien que je n'aime pas ce mot auquel la profession attache trop souvent une condescendance un peu méprisante. Disons que j'ai étudié à l'école de la vie. J'ai vécu de nombreuses années en Afrique noire et aux Antilles. Dans ces pays j'ai cotoyé des hommes et des femmes qui peignaient pour survivre. Ils ne se prenaient pas pour des artistes mais d'un trait ils savaient rendre un mouvement, d'une touche de couleur ils exprimaient une émotion ... Ils peignaient avec ce qu'ils trouvaient mais leurs oeuvres n'avaient rien à envier aux meilleurs peintres occidentaux.

  • Q : comment définiriez-vous votre façon de peindre ?

  • EB: Je crois que ma façon de peindre s'apparente au figuratif mais je ne me sens proche d'aucune école... Pourtant certains artistes ont joué un rôle important dans mon évolution artistique.

  • Q : lesquels ?

  • EB: j'appartiens à une génération qui a donné ses lettres de noblesse à la bande dessinée et un dessinateur comme Hugo Pratt m'a largement influencé, j'adore ses albums en noir et blanc aux contrastes puissants. Dans un domaine plus classique, j'apprécie Mathurin Méheut avec ses silhouettes massives de travailleurs bretons. Et, à l'opposé, Tamara de Lempicka dont le trait net et le cubisme « art déco » correspondent à ma sensibilté. Enfin Andy Warhol dont j'aime le style dépouillé laissant une grande place à la couleur. Mes tableaux intégrent plus ou moins ces différentes facettes... je cherche à éliminer le maximum de détails inutiles, à ne conserver que ce qui est indispensable à la lecture de l'oeuvre, en un mot, à faire simple . La difficulté étant de faire simple sans faire simpliste.

  • Q : Et parmi le peintres du pays basque ?

  • EB: j'aime beaucoup le travail de Marc Claerbout, un peintre de Ciboure ainsi que celui de Jacquotte Gaignault dont l'atelier se trouve à Guétary. Ce sont deux artistes qui vont à l'essentiel, leur travail est à la fois simple, efficace et abouti. Je me sens proche de cette conception de la peinture. J'admire profondément les peintres qui savent restituer un paysage dans ses moindres détails mais honnêtement je n'en vois pas l'utilité et ce n'est pas la peinture que j'aime. Aujourd'hui vous faites aussi bien avec un téléphone portable et un bon logiciel. Un tableau doit apporter quelque chose de différent, quelque chose que vous ne pouvez pas obtenir en bidouillant un ordinateur.

  • Q : pourquoi peignez vous ?

  • EB: c'est un besoin, une nécessité... Mon grand-père était « compagnon du tour de France » et il avait coutume de citer ce vieux proverbe compagnon : « un homme vaut ce que valent ses mains ». J'ai fait de bonnes études sanctionnées par un diplôme d'ingénieur, j'avais un métier gratifiant, des responsabilités mais lorsque j'ai atteint la cinquantaine je me suis souvenu de la phrase de mon grand-père et je me suis rendu compte que mes mains n'avaient jamais rien créé. La cinquantaine est un tournant important et j'ai décidé de commencer une nouvelle vie dédiée à la création.

  • Q: Pourtant vous disiez que vous aviez toujours dessiné et peint ?

  • EB: Je ne m'étais jamais réellement confronté à la critique. J'avais participé à quelques exposition collectives, mais sans m'impliquer réellement dans ce que je faisais. Mes centres d'intérêt étaient autres or il existe un monde entre une activité d'amateur pratiquée en dilettante et un métier. Aujourd'hui je considère la peinture comme mon métier... Et je me vois comme un apprenti engagé sur une voie difficile mais, oh combien gratifiante.

  • Q : Un apprenti de plus de cinquante ans !

  • EB: En un siècle notre espérance de vie s'est accrue de trente ans. J'ai trente ans de peinture devant moi, combien d'artistes du 18ème siècle pouvaient espérer en avoir autant ? On commence à être vieux lorsque les projets laissent la place aux souvenirs et je vous rassure tout de suite, j'ai encore beaucoup de projets.

  • Q : Parlez nous de vos sujets d' inspiration. Le Pays basque semble vous avoir inspiré pourtant vous n'êtes pas basque.

  • EB: Non , mais ma compagne l'est ! elle est aussi ma muse et grâce à elle j'ai découvert ce merveilleux pays à l'identité si forte. Je suis d'origine bretonne et par beaucoup de points, basques et bretons se ressemblent. Les aléas de la vie m'ont fait poser mes bagages à Mont de Marsan. Aujourd'hui je crois que ma place est ici, dans ce Sud-Ouest pour lequel je ressens une véritable affection et que je désire honorer au travers de mon travail.

  • Q : Pourquoi avoir choisi ce thème des « traditions basques » ?

  • EB: Parcequ'une région est forte de ses traditions et c'est cette force qui me touche avec le plus d'intensité. Je n'ai pas la prétention de dire que j'ai saisi « l'âme basque ». Je la crois infiniment plus subtile et dans mes tableaux je n'en aborde que la couche superficielle. Dans quelques années, si nous nous revoyons, j'espère pouvoir vous dire que j'ai progressé et que ma compréhension est maintenant plus fine ... mais chaque chose en son temps.

  • Q : Vous peignez toujours en atelier, la peinture en extérieur ne vous tente pas ?

  • EB: Non, je suis incapable de faire un tableau en quelques minutes à la façon d'un aquaréliste. Or la lumière en extérieur change tout le temps, comme les ombres. Elles évoluent en permanence alors que le tableau fige un instant précis. Je préfère me promener avec mon appareil photo et travailler à partir de ces photos tranquillement en atelier.

  • Q : Il n'y a pas que la lumière et les ombres, les couleurs aussi changent.

  • EB: C'est exact, mais mes tableaux n'ont pas vocation à être exposés à l'extérieur. L'amateur qui fait l'acquisition de l'une de mes oeuvres l'exposera telle que je l'ai peinte, sous un éclairage artificiel, il aura ainsi sous les yeux les nuances que j'ai souhaité rendre.

  • Q : êtes vous tenté par l'abstraction ?

  • EB: Je ne suis pas mûr pour franchir le pas... L'abstraction doit être un aboutissement pas un choix. Exprimer une émotion vraie sans le support de la forme est la preuve d'une évolution profonde et d'une maîtrise parfaite de son art... Je n'en suis pas encore là.

  • Q : merci de ces précisions.

  • EB: merci à vous de m'avoir lu.